Moët & Chandon : les salariés obtiennent 3 300 € de prime malgré des résultats en chute libre
C’est du jamais-vu depuis 1967. Pour la première fois de son histoire, Moët-Hennessy s’apprêtait à ne verser aucune prime de participation à ses salariés. Mais ceux-ci ne l’ont pas entendu de cette oreille.
La nouvelle est tombée fin 2025 comme un coup de tonnerre à Épernay : la direction de MHCS (Moët Hennessy Champagne Services), qui chapeaute les maisons Moët & Chandon, Veuve Clicquot, Ruinart, Dom Pérignon et Krug, annonçait la
suppression pure et simple de la prime de participation. Une première en près de 60 ans.
La raison ? Des résultats financiers en berne. La division vins et spiritueux de LVMH a vu son chiffre d’affaires reculer de 9 % en 2025, à 5,3 milliards d’euros. Son profit opérationnel a plongé de 25 %, tombant à environ 1
milliard d’euros. La marge est passée de 23 % à 19 %.
En clair : le joyau champenois du groupe de Bernard Arnault traverse sa pire passe depuis des années.
500 salariés dans la rue, un bras de fer inédit
Dès décembre, la colère a grondé dans les caves et les vignobles. Menée par la CGT Champagne, la mobilisation a pris une ampleur que personne n’avait anticipée : près de 500 salariés des maisons de champagne LVMH sont descendus
dans la rue.
Leur argument ? La prime de participation existe depuis la création de Moët-Hennessy en 1967. Elle fait partie de l’ADN social de ces maisons. Et même si les résultats baissent, le groupe LVMH dans son ensemble reste largement
bénéficiaire.
Après plusieurs semaines de négociations tendues, un accord a finalement été signé début février 2026 : chaque salarié de la filière champagne touchera une prime minimale de 3 300 euros.
Une crise plus profonde qu’il n’y paraît
Derrière ce bras de fer social, c’est toute la mécanique du champagne de luxe qui grince. 1,6 million de bouteilles en moins ont été vendues en 2025. Et en parallèle, Moët Hennessy a annoncé la suppression de 13 % de ses
effectifs au niveau mondial.
Le cognac Hennessy, plombé par les tensions douanières avec la Chine et les États-Unis, est le principal responsable de la chute (−12 % de chiffre d’affaires). Mais le champagne n’est pas épargné, même si les grandes maisons
maintiennent leur part de marché à 22 % des expéditions de l’appellation.
Ironie du sort : pendant que le champagne souffre, les rosés de Provence du groupe, eux, progressent.
Et pourtant, Moët prépare l’avenir
Ce que beaucoup ignorent, c’est que Moët & Chandon mène en parallèle l’un des programmes environnementaux les plus ambitieux du vignoble français. Natura Nostra, lancé en 2021, vise à créer 100 kilomètres de corridors
écologiques en Champagne d’ici 2027.
Début 2025, 55 kilomètres étaient déjà plantés. Plus de 2 400 vignerons partenaires ont été associés au projet : haies, éco-pâturage, jachères fleuries, agriculture régénérative. Le tout sur un terroir classé au patrimoine
mondial de l’UNESCO.
La question que personne ne pose encore : et si cette crise financière était justement ce qui poussait Moët & Chandon à se réinventer pour de bon ?